1998

Festival de La Roque d’Anthéron
Programme “Nuits du piano : Chopin”
Dimanche 26 juillet 1998
20h00 Parc du château de Florens

Frédéric Chopin
(1810-1849)
Deuxième Ballade en fa majeur opus 38
Nocturne en ré bémol majeur opus 27 n° 2
Mazurka en la mineur opus 7 n° 2
Mazurka en ut dièse mineur opus 63 n° 3
Vingt-quatre Préludes opus 28

Retranché loin des feux des médias, Bernard d’Ascoli mène une carrière qui lui ressemble : discrète mais exigeante, réfléchie mais tout imprégnée de la poésie de la musique. Il n’est pas de ceux qui cherchent la performance, mais la perfection, et ce, depuis l’âge de 11 ans, où il choisit de travailler le piano et l’orgue. Son choix sera décisif lorsqu’il remportera, à 19 ans, le Premier Prix du Concours de Barcelone. S’étant ménagé le temps et le silence nécessaires pour vivre son art, Bernard d’Ascoli partage aujourd’hui sa vie entre la France et l’Angleterre, ses concerts entre l’Europe, le Japon et les États-Unis.

Très tôt, ce grand admirateur de Dinu Lipatti manifeste des dons exceptionnels d’où émerge un tempérament rare. En 1974, il est le plus jeune bachelier français de l’année et, quatre ans plus tard, se fait remarquer à Barcelone. Il se distingue réellement en 1981 lorsque, suite un à Troisième Prix au Concours International de Leeds, il enregistre son premier disque pour EMI et est invité à jouer dans les plus grandes salles du monde entier. Là, le public prend conscience d’un artiste hors du commun, qui s’engage magnifiquement mais sans ostentation, qui adopte la transparence sans jamais perdre de sa consistance, qui s’abandonne à la musique tout en en gardant un précieux contrôle. La fluidité de son jeu subjugue, l’authenticité de son style s’impose.

Les grands chefs et les orchestres ne s’y trompent pas. Bernard d’Ascoli joue alors sous la direction de Sanderling, Litton, Svetlanov, Berglund, Comissiona, Menuhin, Pritchard, Jàrvi, Otaka, Plasson et Andrew Davis. À ce jour, sa carrière est déjà bien établie aux États-Unis – il y fait ses débuts avec le Houston Symphony Orchestra – et dans les grandes capitales européennes alors qu’il ne se fait connaître que depuis 1989 en France grâce à deux récitals à Paris, largement salués par la critique, et des tournées avec l’Orchestre National du Capitole de Toulouse et Michel Plasson, avec l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg et Théodore Guschlbauer et dernièrement avec l’Orchestre National de Lille et son chef Jean-Claude Casadesus. Sa dernière saison a été couronnée de succès grâce à un récital complet des cinq dernières années de travail de Chopin, donné Salle Gaveau (Paris) et au Wigmore Hall (Londres). Ses concerts les plus récents – avec l’Orchestre Philharmonique de Londres au Royal Festival Hall – ont permis de l’entendre dans le Concerto en sol de Ravel.

Grand beethovénien, Bernard d’Ascoli accorde également une place privilégiée dans son répertoire à Liszt, Schumann, Chopin mais aussi Mozart, Ravel, Debussy. Sa discographie réunit à ce jour un disque consacré à Schumann -Carnaval, Papillons, Fantasiestucke opus 111 – et un autre à Chopin – les quatre Ballades et des pièces diverses. Sa vision analytique des choses, de sa vie, Bernard d’Ascoli, né en Provence en 1958, la tient de ce regard qu’il a perdu à l’âge de trois ans mais qu’il n’a jamais considéré comme un handicap. Se sont développées en lui, bien au contraire, une acuité et une lucidité, une grande exigence par rapport à lui-même, à ce qu’il produit au piano, dont peu de personnes peuvent se flatter.

C. B


Festival de musique de Besançon – Bernard d’Ascoli : un éblouissant florilège de préludes
L’Est Républicain
23 septembre 1998

Dimanche après -midi, malgré le beau soleil qui incitait à la promenade, 260 personnes garnissaient la belle église boultoise. On comprend le public déjà charmé deux jours plus tôt par la prestation du virtuose non-voyant au sein de l’orchestre de Picardie. Comme nous l’avait annoncé le directeur général du festival, Michel Des Borderies, “s’il est une forme musicale qui n’en est pas une, c’est bien le Prélude. Et il faut avoir une sacrée sensibilité pour oser un programme de récital qui lui soit entièrement dédié”.

De Debussy à Chopin

Avec un extrême raffinement, Bernard d’Ascoli sut passer de la fermeté du dessin mélodique et du non-conformisme de Debussy à la volupté raffinée et aux harmonies complexes de Messiaen. Enchaîner avec la virtuosité périlleuse et la recherche de communication avec le cosmos qui animent les préludes de Scriabine. Continuer avec le lyrisme généreux et l’invention mélodique de Rachmaninov, franchir un océan vers l’inspiration nord-américaine, teintée de finesse de Gershwin. Clore enfin avec le prodigieux Chopin. Affirmer avec lui la transcendance de la musique en exprimant les plus profondes émotions humaines, l’exaltation de l’âme et la mélancolie. Curieusement, ces préludes de Chopin nous ont renvoyés à ceux que Debussy composa en 1910 et 1913, en hommage au génial Polonais. Rappelé au moins six fois, le pianiste ajouta au programme deux autres préludes, l’un de Debussy et l’autre de Scriabine, écrit pour la seule main gauche.
Très entouré lors de la réception et notamment par une dizaine de “fans”, venus du Jura, Bernard d’Ascoli ne cachait pas son émotion car, dit-il “je n’oublierai jamais l’excellent professeur de piano que j’ai eu, dans mon enfance, à Lons-le-Saunier”.

On savait qu’il était né en Provence, en 1958, avait obtenu à 19 ans, le premier prix du concours international de piano à Barcelone, et réside en Grande-Bretagne, mais on ignorait ses attaches francs-comtoises.

Beau succès de ce “récital à la campagne”, preuve éloquente de la décentralisation réussie du 51e festival.