2009

Bernard d’Ascoli : virtuose dans le monde, prophète en son pays
L’Agglo, le magazine du pays d’Aubagne et de l’Étoile
Décembre 2009

« Chi va piano, va sano » dit-on… Bernard d’Ascoli, lui, s’efforce de faire mentir ce proverbe depuis sa plus tendre enfance. Ce prodige Aubagnais, l’un des plus grands solistes internationaux, est aujourd’hui revenu à Aubagne, des projets plein la tête et de grandes ambitions pour notre région.

Tout commence à Aubagne, au pied du Garlaban. Cachée au fond d’un chemin qui se perd dans les collines, la maison d’Ascoli abrite le petit Bernard, un pitchoun frappé par le sort qui lui fait perdre la vue à l’âge de trois ans. Couvé par une mère attentive qui voulait prendre sa revanche sur cette fatalité, le petit Bernard se mit alors à précipiter son destin… Sans aller à l’école communale qui, à l’époque, n’est pas adaptée à son handicap, il plie en quelques années son primaire pour entrer en 6e à 7 ans tout rond! Ensuite, tout s’accélère encore : le collège à Marseille, le brevet à 11 ans, les débuts au piano, et les premiers articles de presse. Après cette scolarité en fanfare et quelques auditions remarquées, il termine en apothéose en décrochant son bac à 15 ans!

Désormais libéré de ses obligations scolaires, le petit Bernard, qui a bien grandi, décide de tout consacrer à la musique et au piano. Mais, très vite, ce météorite se sent à l’étroit au conservatoire de Marseille. Il décide alors de se lancer, seul, dans les plus grands concours internationaux… Et à l’âge de 19 ans, le jeune homme remporte le premier prix du concours international de piano de Barcelone.

Mais c’est lors du célèbre concours de Leeds, un des plus grands concours de piano au monde, diffusé en direct à la BBC, que son talent explose au grand jour. Alors qu il n’obtient qu’une 3e place lors de la finale, c’est lui qui emporte les faveurs du public et de la critique et démarre, en trombe, une carrière de soliste international.

De Sydney à Washington, de Tokyo à Montréal, d’émissions télé en albums solos… Sa vie se joue alors sur un tempo enflammé sans pause ni fausses notes bien entendu!

Retour au Pays

« Au milieu des années 90, j’ai eu la nostalgie du pays et la lassitude des voyages. Désormais, père d’un petit garçon, ce rythme a fini par me peser », confie-t’il. Aujourd’hui il met un temps sa carrière entre parenthèse mais sa réputation reste entière et de jeunes pianistes, avides de ses conseils, l’approchent. Il est alors régulièrement invité par des conservatoires prestigieux pour diriger des Master Classes. Devenu tour à tour père et professeur, il découvre le plaisir de la transmission. A cette même époque, avec sa femme, Eleanor Harris, elle aussi pianiste, ils décident de quitter Londres et reviennent s’installer à Aubagne pour élever leur fils.

Arrivés dans la région, ils ont un projet en tête : monter une structure de formation en piano de haut niveau. Le lieu est tout trouvé, ce sera la maison familiale « Quel meilleur cadre pouvait-on trouver ? Ici les étudiants sont bien plus au calme et bien mieux concentrés que dans l’agitation d’un conservatoire où du violoncelliste à la cantatrice, tout le monde travaille en même temps », explique Bernard d’Ascoli.

Master Class à Aubagne

Aidés par la Région, le Département et la ville d’Aubagne, ils créent l’association Piano Cantabile. Une structure familiale qui propose, tout au long de l’année, des cours d’interprétation et de perfectionnement aux pianistes. « Mais attention, prévient le Maestro, il s’agit d’une formation supérieure. Les cours s’adressent à des candidats de très haut niveau, ayant au moins déjà reçu une médaille d’or du conservatoire ».

Malgré cette sélection féroce, les musiciens viennent de tout le sud de la France pour améliorer leur technique et préparer les plus grands concours. « Déjà une soixantaine d’étudiants sont passés par ici et quarante d’entre eux sont toujours dans l’association. »

Un succès qui confirme le diagnostic que Bernard et sa femme avaient fait en revenant dans la région. « Nous avions constaté une véritable insuffisance dans la formation supérieure en piano. Il fallait combler le vide entre les sorties des conservatoires régionaux et les entrées dans les écoles supérieures de Paris et de Lyon qui demandent un très haut niveau ».

En route pour 2013

Aujourd’hui, le virtuose rêve de développer la musique classique dans la région et de rendre accessible à tous une musique qui souffre trop souvent de son élitisme supposé. « Il y a beaucoup à faire ici. Même s’il y a une ancienne tradition d’opéra lyrique et de piano dans la région, il faut développer de nouveaux lieux et les ouvrir à tous ceux qui veulent y venir. »

L’association Piano Cantabile se prépare déjà à 2013 : « nous avons pour projet de bâtir des Master Classes avec des élèves de l’autre rive de la Méditerranée et de proposer des concerts avec tous les étudiants. »

Et ne lui parlez pas de festivals de musique classique ou d’événements occasionnels… « C’est un aspect qui dessert la musique dans cette région : on ne valorise que le ponctuel. On nous dit qu’il se passe des tas de choses parce qu’il y a les festivals. Mais Orange, Aix ou encore La Roque d’Anthéron ne concernent pas les gens d’ici. Ces festivals sont trop chers, trop snobs et tous concentrés pendant l’été. Le reste de l’année, il ne se passe plus rien. »

Justement, pour lui, 2013, année où la région sera Capitale européenne de la culture, est une chance. D’où son enthousiasme, lorsque le nouveau comité de pilotage du Pays d’Aubagne et de l’Étoile pour « Marseille Provence 2013 » (voir p. 18) lui a demandé d’être partenaire. « J’espère être force de propositions, faire partager mon expérience et parler de ce que j’ai pu voir dans d’autres grandes villes. 2013 peut être l’occasion de bâtir des projets durables au-delà de cette date. Il faut la saisir ! »

Jean-Pierre Vallorani